La pandémie a bouleversé notre santé mentale : comment réagir

En octobre 2022, l’Organisation mondiale de la santé a publié un rapport qui est passé largement inaperçu dans les médias. Pourtant, il contenait des données sérieuses. Le rapport documentait une augmentation significative des troubles mentaux pendant la pandémie de COVID-19 et proposait une recommandation qui devrait sembler évidente : la santé mentale doit être traitée au même titre que n’importe quel autre problème de santé par votre médecin généraliste. Aujourd’hui, beaucoup de généralistes parlent de tension artérielle mais restent silencieux sur l’anxiété.
Les premiers signes apparaissent souvent sans bruit. Une fatigue qui persiste même après avoir dormi correctement. Une irritabilité qu’on ne s’explique pas. On commence à éviter les autres. L’erreur courante consiste à qualifier cela de “période chargée” ou de “mauvaise semaine”. Mais quand une mauvaise semaine s’étire sur plusieurs mois, il faut y prêter attention.
Repérer tôt change réellement la suite. Un trouble anxieux identifié rapidement laisse plus de portes ouvertes aux solutions. L’impact sur le travail et la vie perso diminue. Ce n’est pas une question de force mentale. C’est de biologie : le cerveau et ses équilibres chimiques réagissent mieux quand on intervient vite.
Ignorer ces signaux coûte cher. D’abord à celui qui souffre. Mais aussi à son entourage, qui en subit les effets sans toujours comprendre d’où ils viennent.
Parlons-en : pourquoi la campagne française de 2023 change la donne
Le 10 octobre 2023, Journée mondiale de la santé mentale, le ministère de la Santé en France a lancé la campagne « Parlons-en ». Le but est simple : permettre aux gens d’exprimer leurs difficultés psychologiques sans honte. Briser le silence qui entoure ces sujets. Le Monde a couvert ce lancement en mettant l’accent sur l’ambition réelle : atteindre les personnes qui ne se reconnaissent pas dans les diagnostics classiques.
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Lancée par le ministère de la Santé le 10 octobre 2023, cette campagne s’appuie sur une idée centrale : nommer ce qu’on ressent aide à aller mieux. Elle s’adresse aux personnes en difficulté et à ceux qui en côtoient une. Des ressources d’écoute sont disponibles via des dispositifs existants comme le numéro national de prévention du suicide (3114), opérationnel depuis 2021.
Ce qui change avec cette initiative, c’est la cible. Les campagnes de santé publique visent habituellement les cas graves, les crises aigues. « Parlons-en » s’intéresse aussi à ce qui se passe entre : l’anxiété qui traîne depuis des mois, la tristesse sans raison claire, l’épuisement émotionnel. Beaucoup vivent ces états sans jamais voir un professionnel. Pourquoi ? Parce qu’ils pense que ce n’est “pas assez grave”.
Changer cette limite invisible est déjà un acte médical. La stigmatisation pousse beaucoup à minimiser leur souffrance pendant des années. Dire publiquement que consulter un psychologue n’est pas réservé à l’urgence psychiatrique – c’est exactement ce que fait cette campagne. Et ça marche.
Quelle approche thérapeutique choisir selon sa situation

Il n’existe pas de solution qui convient à tout le monde. Un bon professionnel de santé mentale commence par cette phrase. Voici un repère pour comprendre les grandes options disponibles, ce qu’elles font bien et ce qu’elles ne font pas.
| Approche | Délai d’effet estimé | Accessibilité | Pour qui ? |
|---|---|---|---|
| Psychothérapie (TCC, EMDR…) | 4 à 12 semaines | Variable (tarifs libres, remboursement partiel possible) | Troubles anxieux, dépression légère à modérée, traumatismes |
| Méditation / pleine conscience | 2 à 8 semaines (pratique régulière) | Élevée (applications gratuites ou payantes) | Stress chronique, prévention, soutien complémentaire |
| Activité physique régulière | 2 à 6 semaines | Élevée (sans frais ou quasi) | Dépression légère, anxiété, prévention générale |
| Traitement médicamenteux | 3 à 6 semaines | Sur prescription médicale obligatoire | Dépression modérée à sévère, sur avis psychiatrique |
Ces approches peuvent coexister. Un traitement médicamenteux accompagne souvent une thérapie. La méditation complète un suivi psychiatrique. Mais il faut commencer avec quelqu’un qui pose les bonnes questions.
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Les trois gestes quotidiens qui stabilisent l’équilibre mental
Avant même de parler de thérapies formelles, le quotidien offre des leviers documentés pour la santé mentale. Trois agissent vraiment. Voici pourquoi.
- Le sommeil régulier (7 à 9 heures par nuit). Deux nuits blanches suffisent à dérégler les émotions. Ce n’est pas une question de volonté – le cerveau fonctionne mal sans sommeil. Garder le même horaire de coucher, même le week-end, stabilise les rythmes biologiques qui commandent l’humeur.
- L’activité physique d’au moins 30 minutes. Pas besoin d’être un athlète. Marcher vite suffit. L’exercice libère des endorphines et réduit le cortisol, l’hormone du stress. Des études ont montré que l’exercice produit des résultats proches des antidépresseurs chez les patients dépressifs légers à modérés, sur plusieurs semaines.
- La connexion sociale intentionnelle. Pas de notifications d’Instagram. De véritables interactions avec des gens qui comptent : un appel téléphonique, un repas ensemble, une vraie conversation. L’isolement aggrave presque tous les troubles mentaux. Maintenir des liens actifs protège.
Intégrer la santé mentale aux soins primaires : l’urgence que la France doit encore relever
C’est précisément ce que l’OMS recommandait en octobre 2022 : la santé mentale doit cesser d’être traitée à part du reste de la médecine. En France, le médecin généraliste est souvent la première personne qu’on consulte. Mais 15 minutes de consultation laissent peu de temps pour parler de santé psychologique.
Peut-on parler de santé mentale avec son médecin généraliste ?
Oui. Le généraliste pose un premier diagnostic, oriente vers un psychologue ou un psychiatre et peut prescrire un traitement selon les cas. Depuis 2022, « Mon soutien psy » permet au médecin généraliste d’envoyer son patient chez un psychologue avec des séances remboursées – une vraie avancée. Mais les délais d’attente restent un obstacle dans beaucoup de régions.
Pourquoi les délais d’accès aux psychiatres restent-ils si longs ?
Le nombre de psychiatres en France a baissé ces vingt ans alors que la demande monte. Dans certains départements, attendre six mois pour une première consultation chez un psychiatre n’est pas rare. C’est pourquoi faire entrer la santé mentale dans les soins primaires – via les généralistes et les infirmiers – pourrait vraiment désengorger le système.
Que faire en attendant de trouver un thérapeute ?
Plusieurs pistes : consulter son médecin traitant pour une première évaluation, appeler le 3114 (numéro national de prévention du suicide, 24h/24), ou chercher des espaces de santé mentale communautaires ou associatifs. L’attente n’est jamais une raison de ne rien faire.
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Mon avis tranché : arrêtez d’attendre le « bon moment » pour consulter
Le « bon moment » n’existe pas. C’est une excuse que le cerveau anxieux se fabrique pour éviter une décision qui le fait peur. Et plus on attend, plus le fossé entre ce qu’on vit et ce qu’on veut devient difficile à combler.
L’OMS a publié ses chiffres en octobre 2022 : les troubles mentaux ont vraiment augmenté pendant la pandémie. La campagne « Parlons-en » lancée un an plus tard reconnaît qu’il faut en parler. Ces deux messages institutionnels convergent : la société regarde différemment la santé mentale maintenant. Mais l’individu traîne des pieds.
Ce n’est pas une question de courage. Attendre “d’aller vraiment mal” avant de consulter, c’est comme attendre une douleur thoracique grave avant un électrocardiogramme. Agir vite plutôt que tard, c’est le principe même de la prévention.
Et le frein le plus coriace reste caché : la conviction que sa propre souffrance n’est “pas assez grave” pour mériter de l’aide. Cette conviction, il faut la remettre en question en premier.
